Désir de l’Autre

Le désir de l’Autre ne s’analyse pas d’un point de vue hédoniste lié au « principe de plaisir ». De même, il ne dépend pas de références objectales, et n’est pas équivalent à l’acception courante qui est désir de quelque chose.

Question du désir

La figure suivante décrit la division signifiante. Elle montre sur une ligne le sujet barré et son association avec les signifiants, et sur une autre ligne l’objet petit a, reste de la division, signifié sans signifiants. Au sortir de la division, le sujet barré a un avantage : c’est les signifiants qui le représentent. Par contre, ces signifiants manquent à l’objet petit a qui renferme pourtant l’essence du sujet. Pour les lui procurer, il faudrait relier l’objet petit a avec le domaine du langage, donc établir un lien manquant en traçant l’hypoténuse du triangle rectangle que forment les composants du sujet défini en tant qu’entité ternaire — le sujet barré, l’objet petit a, et le signifiant (le langage). Nous appelons question du désir ce projet d’alliance triangulaire entre ces trois éléments.

Depuis l’enfance, le sujet s’interroge sur le réel dont il peut toucher la présence par les substituts de l’objet petit a. Cette question tourmente la vie du sujet et se niche dans son espoir contingent, c’est-à-dire dans le désir d’unification avec son propre corps, mais aussi dans le désir amoureux de communion des corps. Cet espoir se trouve en congruence avec la formule du fantasme donnée par Lacan : « cette conjonction du sujet avec le petit a, grâce à quoi une fallacieuse complétude vient à recouvrir ce qu’il en est de l’impossible du réel ». La complétude impossible qui préoccupe le sujet se cache dans l’inter-dit, ce que l’on peut seulement deviner, essaimé au rythme des ondulations du fleuve de la parole.

La question du désir distingue le sujet humain des autres êtres vivants ; à la différence de l’homme, l’animal ne désire pas — il fonctionne —, même lorsque ce qu’il arbore dans son comportement ressemble à des désirs. C’est pour cela que l’on peut affirmer que le désir est un fait du langage humain : le désir de l’Autre.

L’effet de la question anime le désir d’énonciation. Le destin de ce désir inconscient est parfois de renaître dans la sublimation, ou bien à l’inverse dans le refoulement. Le refoulement peut conduire à la névrose qui posera à nouveau sous la forme de symptômes la question de la vérité, celle du rapport — qui est source d’angoisse — de l’inconscient au corps.

Question du désir : relier l’objet petit a avec le domaine du langage

Question du désir

Références

Séminaire 2 : [page 371] Seulement, l’être humain, lui, va au-delà du réel qui lui est biologiquement naturel. Et c’est là que commence le problème.

Séminaire 20 : [page 109] Cette discordance du savoir et de l’être, c’est ce qui est notre sujet.

Séminaire 3 : [page 202] Il y a en effet quelque chose de radicalement inassimilable au signifiant. C’est tout simplement l’existence singulière du sujet. Pourquoi est-il là ? D’où sort-il ? Que fait-il là ? Pourquoi va-t-il disparaître ? Le signifiant est incapable de lui donner la réponse, pour la bonne raison qu’il le met justement au-delà de la mort. Le signifiant le considère comme déjà mort, il l’immortalise par essence.

Séminaire 16 : [page 322] […] le pas décisif que Freud a fait en révélant la relation de la curiosité sexuelle avec tout l’ordre du savoir, c’est-à-dire la jonction entre le petit a, d’une part, à savoir ce où le sujet peut retrouver son essence réelle […] et, d’autre part, le champ de l’Autre en tant que s’y ordonne le savoir […]

Petit discours aux psychiatres de Sainte-Anne : Ce qui fait le lien du désir en tant qu’il est fonction du sujet, du sujet lui-même désigné comme effet du signifiant, c’est ceci, c’est que le a est toujours demandé à l’Autre.

Séminaire 16 : [page 261] […] le sujet en tant que névrosé est précisément voué à l’échec de la sublimation.

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