Rôle de la perception pendant la vie

La perception est un levier de la vie concrète. Elle offre au sujet, via les représentations imaginaires, un accès au réel du monde extérieur. De même, via l’érotisme ou la souffrance, elle lui apporte un ressenti du corps vivant. Par conséquent, la suppression de la perception s’apparente à u ne forme de suicide, ainsi que le démontre le choix d’Œdipe.

Dans la tragédie Œdipe roi, alors que les recherches d’Œdipe sur l’assassin de Laïos sont sur le point d’aboutir à la terrible vérité, Jocaste sa mère et épouse comprend tout avant Œdipe — ce qui est normal, puisqu’elle réassemble des événements qu’elle a déjà vécus, et reconstitue ainsi la tragédie à laquelle elle a contribué. Elle tente de dissuader Œdipe d’aller plus loin dans ses recherches. Elle endosse sa propre culpabilité et se suicide.

Œdipe lui aussi finit par trouver la vérité. Il est accablé par l’horreur de ses actes, mais « il n’est pas coupable de les avoir voulus », ainsi qu’il ne cessera de le clamer jusqu’à sa mort. Il a été « le jouet des dieux », et son destin s’est déroulé inexorablement suivant le cours dicté par l’ancienne malédiction. Ce qu’il découvre, c’est un crime qu’il a commis et qu’il a en même temps subi. Œdipe « ne veut plus voir ce crime ni sa propre misère ».

Dans son désarroi, Œdipe ne choisit pas le suicide qui serait la suppression du corps ; au contraire, il « se retire dans ce misérable corps pour y vivre muré ». Il « renonce à la lumière du jour », non pas au sens figuré mais au sens propre, puisqu’il se crève les yeux dans un passage à l’acte. En s’ôtant le regard (qui est une instance de l’objet petit a), il garde la vie, mais il s’enferme dans une boîte inerte dénuée de perception et chasse le spectacle de la noirceur de son sort.

Œdipe ne choisit pas le suicide ; au contraire, il se crève les yeux dans un passage à l’acte.

Choix d’Œdipe

Références

Œdipe roi : [page 132] Jocaste : Infortuné ! puisses-tu ne jamais savoir qui tu es !

Œdipe roi : [page 135] O lumière du jour, puissè-je, à cette heure, tourner vers toi mes derniers regards !

Œdipe roi : [page 137] Et il crie que ses yeux ne verront plus sa misère et ne verront plus son crime […]

Œdipe roi : [page 140] Et s’il m’était donné de fermer aux sons mes oreilles, je n’hésiterais pas à vivre muré dans ce misérable corps, sans rien voir ni entendre […]

Œdipe à Colone : [page 288] Mais tout cela, je l’ai subi, je ne l’ai pas voulu. Tel était le bon plaisir des dieux ; sans doute poursuivaient-ils ma race d’une haine ancienne.

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