Polyvalence du signifiant

Les signifiants du langage ont le droit de s’évader du terrain borné de la connaissance établie ; ils sont aussi des signifiants représentant les éléments de l’impossible « pour pouvoir en parler ».

Par exemple, d’un point de vue scientifique et non mythique, il n’y a pas de preuve tangible de l’existence de Dieu et il est impossible d’en trouver, ce que Lacan exprime en disant « qu’il n’y a aucun référent de Dieu ». Cependant, ainsi que le dit aussi Lacan, « la question de l’existence de Dieu est un pari ». Par conséquent — et heureusement —, grâce au pari de la contingence, le signifiant Dieu existe dans le langage. Le signifiant Dieu énonce un élément du réel en tant qu’impossible, ce qui permet d’en parler et de faire comme s’il existait, alors que le réel est inéluctablement du « non-inscrit ».

Les signifiants du langage sont aussi des signifiants représentant les éléments de l’impossible « pour pouvoir en parler ».

Usage universel du signifiant

Références

Séminaire 13 : [séance du 09/02/1966] […] contrairement à ce que pensent les représentants de l’argument ontologique, il n’y a aucun référent de Dieu […] En d’autres termes, dire « Je parie que Dieu existe ou … » […] c’est introduire ce référent dans lequel se constitue l’Autre […]

Séminaire 16 : [page 60] […] la question de l’existence de Dieu, qui ne saurait faire l’objet que d’un pari.


Avant/Après

Avant, il n’y avait pas « rien », il y avait le réel, car « ce qui ne peut pas s’écrire, ce n’est pas rien, c’est le réel ».

La science constitue notre principal outil de modélisation du monde réel. Mais elle décrit l’avant en utilisant les références de l’après. Par exemple, tout ce que l’on sait sur un événement comme le big-bang est postérieur à l’événement, c’est ce qui existe et ce qui a existé depuis l’instant supposé de l’événement. Tout ce que l’on peut imaginer sur ce qui existait peut-être avant l’événement ne se base que sur un savoir postérieur à l’instant. Aussi sophistiquées et intelligentes que soient les constructions sur une situation antérieure, elles sont écrites avec les éléments connus, donc postérieurs. L’avant, lui, demeure toujours du réel, du « non-inscrit ».

La figure suivante anticipe sur les prochains chapitres en s’appuyant sur le thème « avant/après » pour illustrer les concepts de la division signifiante. Entre ce qu’est supposé être l’avant (le sujet antérieur), et ce que l’après (le sujet barré) peut en dire, il y a toujours un reste (l’objet petit a) qui est la cause du désir. L’objet petit a, c’est le possible, le signifié, ce qui aurait pu (fugitivement) être de « l’après », mais qui reste de « l’avant ».

Ce qui s’inscrit est toujours de l’après. L’avant, lui, demeure toujours du réel, du « non-inscrit ».

Ce qui s’inscrit est toujours de l’après

Références

Séminaire 19 : [séance du 14/06/1972] Exposé de François Recanati : […] Peirce parle d’un problème […] à propos […] de la genèse de l’univers. Son problème, c’est celui de l’avant et de l’après […] l’on ne pourra absolument pas déduire l’avant de l’après puisque l’avant qui est inscrit dans l’après, c’est précisément l’après qui dans ce sens n’a plus rien à voir avec l’avant dont le propre est justement de n’être pas inscrit.

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