Le Symbolique

Position du Symbolique

L’ordre symbolique est propre à l’être humain.

On définit l’ordre symbolique comme l’ensemble des structures signifiantes (le langage, la parole, le discours), ainsi que l’ensemble des concepts que le sujet humain crée avec le langage, et tout ce qu’il fabrique avec la technologie ou les arts. L’ordre symbolique s’instancie dans les divers domaines du corps social : la science, les religions, les mythes, les objets de la vie quotidienne, les « réseaux sociaux », les productions artistiques, les textes législatifs, la « bureaucratie », la politique, la propagande, les guerres, etc.

Le symbolique modélise le réel et sert à l’utiliser : par exemple, les sciences et les techniques permettent aux avions et aux fusées de s’affranchir momentanément de la pesanteur, et de tirer profit des lois de la physique pour s’élever dans les airs. Par contre, le symbolique ne contrôle pas le réel : à titre illustratif, prenons l’exemple de l’interdit de l’inceste dans les sociétés humaines où la pratique de l’inceste est condamnée à la fois par les sentiments moraux et par les lois. Si un inceste a lieu — ce qui peut quand même arriver —, alors les spermatozoïdes en tant qu’éléments purement réels vont féconder un ovule réel lui aussi, et la physiologie fonctionnera « naturellement » sans se préoccuper un seul instant que ce qu’elle accomplit n’est pas conforme aux directives symboliques. Quelles que soient les règles « décrétées » par le symbolique, le réel reste indifférent et n’a aucune intention vis-à-vis des sujets ; il fonctionne, un point c’est tout.

Dans le symbolique, il y a une infinité de vérités, autant que savent en raconter les multiples bavardages — pouvant être aussi bien des vérités que des mensonges — que produit sans fin la promenade des signifiants sur le champ du langage.

La fonction créatrice du symbolique n’a pas besoin d’une validation expérimentale du réel pour échafauder à sa guise des vérités toutes neuves : c’est le cas de l’élaboration de théories scientifiques purement abstraites, par exemple dans le champ des mathématiques.

Instances du symbolique: science, mythe, lien social, religion

Instances du symbolique (1)

Instances du symbolique: art, poésie, rêve, politique, propagande

Instances du symbolique (2)

Références

Séminaire 2 : [page 278] […] des êtres pourvus d’un appareil à proférer le symbolique, à savoir les hommes […]

Séminaire 19 : [séance du 08/03/1972] […] ce que j’appelle le Symbolique et qui veut dire […] ce qui s’énonce par ce champ […] du langage […]

Séminaire 22 : [séance du 11/03/1975] […] le Symbolique, c’est-à-dire ce que d’ordinaire on appelle le bla-bla ou encore le verbe […] il nomme les choses comme […] à propos de ce batifolage premier de la Bible au Paradis terrestre.

Séminaire 1 : [page 254] C’est la parole qui instaure dans la réalité le mensonge. Et c’est précisément parce qu’elle introduit ce qui n’est pas, qu’elle peut aussi introduire ce qui est.

Séminaire 19 : [séance du 04/11/1971] […] la parole définit la place de ce qu’on appelle la vérité. Ce que je marque […] c’est sa structure de fiction, c’est-à-dire aussi bien de mensonge.


Le signifiant décrit le réel

Complétude mathématique

L’ensemble Q des nombre rationnels est infini. Par contre, il est incomplet : entre deux rationnels, il existe bien sûr une infinité de nombres rationnels, mais il existe aussi une infinité de nombres non rationnels comme par exemple π ou racine de 2. Par rapport à Q, les nombres irrationnels sont des trous dans la complétude. On a donc construit R, l’ensemble des nombres réels, qui inclut les nombres rationnels et les nombres irrationnels. Q est plongé dans R. Par définition, R est complet : entre deux réels, il y a une infinité de nombres réels, mais pas de trous. L’infinité de R n’est pas dénombrable.

Le concept de nombre réel fournit une image adéquate puisque l’on peut se représenter le réel qui est complet (et par conséquent éternellement subdivisible), représentation que les nombres rationnels échouent à délivrer à cause de l’incomplétude de Q.

Le terme de continuité est globalement synonyme de la complétude mathématique.

Entrée du signifiant dans le réel

Le signifiant, en tant qu’élément de l’ordre symbolique, porte par essence le concept de manque : un signifiant indique aussi bien la présence que l’absence, le signe « plus » que le signe « moins ». Dans le Séminaire 10, Lacan prend l’exemple d’une bibliothèque où chaque livre a une place symbolique (numéro de référence, ordre alphabétique, …) : si l’on veut prendre un livre, on va le chercher à sa place ; si l’on ne le trouve pas, on sait qu’il est absent parce qu’il « manque à sa place » — y compris s’il a été déplacé par erreur.

Le réel est complet et « sans fissure » : « il n’y a pas d’absence dans le réel ». À l’inverse, le symbolique, en tant qu’ensemble discontinu d’atomes élémentaires (les signifiants), n’est pas complet. Mais il utilise les notions d’absence et de présence. De plus, étant lacunaire, il est dénombrable et comptable.

On parle « d’entrée du signifiant dans le réel » pour spécifier que la modélisation scientifique du réel se base sur des instances symboliques construites avec le langage. Le signifiant introduit la notion de trou, et apporte une incomplétude : « le signifiant fait trou dans le réel ». Le modèle construit est d’abord conforme aux « lois du signifiant » : il montre une vision des choses granulaire et comptable. L’entrée du signifiant dans le réel fonde la science et la connaissance.

La division signifiante est le processus langagier permettant au sujet humain d’être représenté par des signifiants, c’est-à-dire de quitter le statut réel du sujet antérieur pour se convertir dans le symbolique à un point de vue discret et insécable. Elle marque l’arrivée (la naissance) du sujet dans le monde symbolique.

Entrée du signifiant dans le réel: mise en place des lois du symbolique.

Mise en place des lois du signifiant

Références

Séminaire 2 : [page 359] Il s’agit [dans le langage] d’une succession d’absences et de présences, ou plutôt de la présence sur fond d’absence, de l’absence constituée par le fait qu’une présence peut exister. Il n’y a pas d’absence dans le réel. Il n’y a d’absence que si vous suggérez qu’il peut y avoir une présence là où il n’y en a pas.

Séminaire 4 : [page 250] Le trou réel de la privation est justement une chose qui n’existe pas. Le réel étant plein de par sa nature, il faut, pour faire un trou dans le réel, y introduire un objet symbolique.

Séminaire 6 : [séance du 29/04/1959] Il n’y a dans le réel aucune espèce de faille ou de fissure. Tout manque est manque à sa place, mais manque à sa place est manque symbolique.

Séminaire 10 : [pages 43-44] Toutes les choses du monde viennent à se mettre en place selon les lois du signifiant, lois que nous ne saurions d’aucune façon tenir d’emblée pour homogènes à celles du monde.

Séminaire 10 : [page 104] Le problème est de l’entrée du signifiant dans le réel, et de voir comment de cela naît le sujet.

Séminaire 10 : [page 156] Je vous ai dit jadis, en somme, qu’il n’y a pas de manque dans le réel, que le manque n’est saisissable que par l’intermédiaire du symbolique. C’est au niveau de la bibliothèque que l’on peut dire — Ici, le volume tant manque à sa place. Cette place est une place désignée par l’introduction préalable du symbolique dans le réel. De ce fait, ce manque dont ici je parle, le symbole le comble facilement, il désigne la place, il désigne l’absence, il présentifie ce qui n’est pas là.

Séminaire 23 : [séance du 09/12/1975] […] le langage […] ne se sustente que de la fonction de ce que j’ai appelé le trou dans le Réel.

Séminaire 24 : [séance du 10/05/1977] […] nous ne connaissons rien que de fini, et le fini est toujours dénombré.

Séminaire 24 : [séance du 10/05/1977] […] c’est à partir de quelque chose qui s’énonce comme positif que l’on écrit la négation.

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