Invalidation de la structure du grand Autre

Langage

En l’absence du grand Autre comme opérateur de la division signifiante, celle-ci ne se produit pas. Dès lors, le signifiant, au lieu d’être le représentant du sujet barré dans l’inter-signifiance, vient simplement se plaquer sur le signifié du corps. Pour le psychotique, le langage ressemble à un collage de mots pris comme des signes, fonctionnant à la manière d’une machinerie : « les alternances du signifiant sont la machine fondamentale à la discordance de laquelle s’identifie le schizophrène ».

Alors que les névrosés souffrent de la question du désir, c’est-à-dire de la complétude impossible entre le signifiant et l’objet petit a, cette question ne se pose pas pour les psychotiques ou bien, ainsi que le dit Lacan, « la réponse a précédé la question ».

Graphe du désir

Étant donné que la structure langagière manque dans la psychose, la charpente du graphe du désir n’est plus là pour agencer les divers modes de comportement social du sujet. Le cheminement ascendant de la demande est supplanté par le délire qui s’impose dans le rôle de la relation du sujet au langage.

La logique des idées délirantes du psychotique campe une logique autre que celle du graphe : le délire détient déjà en lui-même une multitude de réponses, et il ignore le désir d’énonciation en tant que « désir de l’Autre ».

Nœud borroméen

Dans la psychose, le nœud borroméen s’est dénoué, avec tout ce que cela veut dire de « folie » à partir du moment où le réel et l’imaginaire deviennent libres de tout lien.

Le psychotique ne bénéficie pas de la fonction modélisatrice du symbolique ; son rapport au corps échappe à la médiation du langage. Les représentations imaginaires ne sont pas intégrées dans l’ordre symbolique en tant que signifiants, et le corps morcelé, agrégat d’éléments signifiés, demeure impuissant à atteindre le stade du corps structuré.

Apparition de la psychose

Par suite de la différence fondamentale dans la relation au grand Autre entre le névrosé et le psychotique — reconnaissance versus ignorance —, il n’existe probablement pas localement de continuité de structure entre la névrose et la psychose.

Dans la psychose, il y a forclusion de la structure du grand Autre, soit parce qu’elle est restée insaisissable depuis toujours, soit parce qu’elle a été abrogée. La problématique d’apparition de la forclusion — insaisissable depuis toujours, ou bien abrogée ? —, ainsi que la problématique équivalente de l’entrée dans la psychose, dépendent peut-être de la survenue de facteurs (éventuellement traumatiques) exerçant un rôle déclencheur sur un terrain rendu favorable par un contexte génétique. En effet, on sait que la psychose peut rester longtemps indécelable : les psychiatres parlent d’éclosion comme si elle avait été en germe. À l’inverse, la clinique observe parfois des symptômes d’allure psychotique lors de l’enfance ou de l’adolescence, alors que ceux-ci peuvent ensuite entrer en rémission et ne jamais faire obstacle à une vie ordinaire.

Effets de la forclusion : n'invoque pas le Nom-du-Père

Effets de la forclusion

Références

Séminaire 1 : [page 134] Ce dont il s’agit pour Freud, c’est de saisir la différence de structure qui existe entre le retrait de la réalité que nous constatons dans les névroses et celui que nous constatons dans les psychoses.

Séminaire 3 : [page 41] Vous croyez avoir affaire avec quelqu’un qui communique avec vous parce qu’il vous parle le même langage.

Séminaire 3 : [page 142] […] la notion de la providence [divine], de l’instance qui rémunère, si essentielle au fonctionnement de l’inconscient et qui affleure au conscient, il n’y en a pas trace chez Schreber.

Séminaire 3 : [page 227] Nous sommes certains que les névrosés se sont posé une question. Les psychotiques, ce n’est pas sûr. La réponse leur est peut-être venue avant la question […]

Petit discours aux psychiatres de Sainte-Anne : […] les hommes libres, les vrais, ce sont précisément les fous. Il n’y a pas de demande du petit a , son petit a il le tient, c’est ce qu’il appelle ses voix, par exemple. […] Il ne tient pas au lieu de l’Autre, du grand Autre, par l’objet a , le a il l’a à sa disposition.

Séminaire 5 : [page 481] Les formes de la psychose, depuis les plus bénignes jusqu’à l’état extrême de dissolution, nous présentent un pur et simple discours de l’Autre, venant se scander ici, en s (A), sous la forme d’une signification.

Séminaire 6 : [séance du 24/06/1959] […] cette fonction propre à la symbolisation, qui est essentiellement dans le fondement de la coupure, donc ce par quoi le courant de la tension originelle […] est pris dans une série d’alternatives qui introduisent ce qu’on peut appeler la machine fondamentale […] ce que nous retrouvons comme détaché, comme dégagé au principe de la schizophrénie du sujet, où le sujet s’identifie à la discordance de cette machine […]

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